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Les Défis de la Démocratie et de la Gestion de ressources Naturelles pour le Développement durable

Les Défis de la Démocratie et de la Gestion de ressources Naturelles pour le Développement durable

Par Gordon ABIAMA,
Journaliste, Directeur de Communication de l'Alliance morale, Nigeria.

Dans mon humble exposé, je n'aurai aucune excuse pour la classe dirigeante de l'Afrique, qu'elle soit militaire ou civile. Mon expérience dans la vie et comme celle de plus de 80% de la population mondiale est l'extrême pauvreté de l'équation.

Nous vivons à un âge où l'accumulation de la richesse est grande, et par une minorité d'individus, tandis que la majorité de la population mondiale se débat dans une pauvreté extrême. Et dans la lutte pour gagner sa vie, la forme la plus cynique de dureté du cœur - 'chacun pour soi' est devenu le mot d'ordre faisant ainsi fi de la tradition séculaire africaine qui veut que vous soyez le soutien de votre frère.

Dans leurs tentatives d'apporter des solutions au déséquilibre criard dans la répartition des richesses, les économistes néo-classiques et les philosophes ont eu tendance à traiter l'effet plutôt que la cause.

La commission Brandt Lund mise en place par les Nations Unies en 1987 a défini le développement durable de la manière suivante : "une société durable est celle qui dure pendant des générations, celle qui est assez clairvoyante, flexible et sage pour ne pas saper ces systèmes de soutien physique ou social. Mais les méthodes et stratégies actuelles de développement ont abouti à tout sauf le développement durable et ont pour résultat la présente répartition agaçante des richesses.

L'une de ces théories erronées est l'affirmation de Malthus que "la pauvreté apparaît quand une augmentation de la population nécessite la division des moyens de subsistance dans une population qui a naturellement tendance à s'accroître plus vite que les moyens de subsistance.

Mais la réalité infaillible est que le Tout-Puissant créateur a doté la terre de ressources pouvant soutenir de manière confortable la vie. Alors, il ne s'agit pas de rareté de ressources naturelles, mais de sa répartition.

L'un des penseurs du monde les plus denses et audacieux, Henry George dans son livre 'Progrès et Pauvreté' désapprouve clairement la théorie Malthusienne. Il a écrit "la cause majeure du triomphe de cette théorie (Malthusienne) est que plutôt que de contrarier un droit acquis ou heurter un intérêt puissant, il est éminemment apaisant et réassurant pour les classes qui détenant le pouvoir de la richesse, domine largement la pensée." Vous pourrez visiter le web Site www.henrygeorge.org pour connaître davantage ses idées.

"A moment où les anciens soutiens s'écroulaient, George écrit en outre "elle est venue au secours des privilèges spéciaux par lesquels une minorité monopolise beaucoup de bonnes choses de ce monde en avançant une cause naturelle aux besoin et à la misère qui, si l'on attribuait aux institutions politiques, devrait entraîner la condamnation de tout gouvernement dans lequel elle existe."

Dans son plaidoyer en faveur d'une équité socio-économique, Henry George n'a pas cherché à abolir la démocratie ou instaurer la dictature du prolétariat. Il a tout simplement porté sa vue sur les mauvais déséquilibres sociaux de l'age du machinisme ou age industriel et a vue qu'il était possible de les rectifier dans le cadre des systèmes économiques et politiques existants.

Le monde a essayé, sans succès, différentes idéologies. Le communisme qui avait mis l'accent sur le travail s'est effondré. Le capitalisme n'a réussi qu'à créer le riche Nord et le pauvre sud. Le troisième facteur de production qui est la terre est le socle de la philosophie Géorgiste.

A ce point, il serait pertinent de procéder à une brève analyse des différentes idéologies afin de se faire une idée claire. Nous avons la "gauche" qui propose l'acquisition de la plupart des richesses par la société ne faisant aucune différence entre rente, intérêt et salaires et en ne laissant qu'une petite proportion aux individus.

"Le problème est que la démocratie ne nous a pas permis d'avoir les droits à la terre" poursuit-elle. " Nous n'avons pas de droit de naissance à la planète. Et c'est ainsi qu'une minorité de gens possèdent et contrôlent actuellement une vaste portion de la terre et de ses ressources ." dit-elle, soulignant que le fossé entre riche et pauvre ne cesse de s'élargir et que maintenant moins de 300 multimilliardaires possèdent plus de richesses que la moitié de la population du globe.

Et puis il y a "le Centre" qui propose un " système équilibré" dans la répartition des richesses et du pouvoir entre les individus et la société , mais ne fait pas assez de distinction entre les revenus gagnés et non gagnés et ne définit pas clairement les domaines propres à la société et à l'individu. Et le résultat est généralement un mélange confus. Au Nigeria nous l'appelons le système d'"économie mixte" et qui est celui que nous pratiquons.

La philosophie Georgiste est différente de toutes ces idéologies en ce sens qu'elle fait une distinction entre les revenus fonciers gagnés (rentes) et les revenus gagnés à partir du travail et du capital (salaires et intérêts). Les rentes à la société, les salaires et les intérêts aux individus qui les gagnent. Les domaines de la société et de l'individu sont clairement définis.

Par conséquent, la proposition Georgiste accomplit l'objectif de la Gauche en ce qui concerne la sécurité et l'action sociale, mais sans restriction des libertés .Elle accomplit l'objectif de la Droite en ce qui concerne la liberté, mais sans privilèges et monopoles. Et elle réalise un système équilibré recherché par le "Centre", mais d'une façon juste et non arbitraire.

L'imposition de la valeur foncière sous-entend donc un abandon de la base de revenu à partir du travail et des salaires au profit des ressources naturelles et de la terre garantissant ainsi à tous les profits du patrimoine commun tout en encourageant davantage la satisfaction des besoins fondamentaux

Quelques-uns des nombreux avantages de cette politique sont la réduction de l'expansion urbaine et de la spéculation foncière, la promotion du développement économique dans des domaines importants, l'utilisation efficiente des infrastructures de transport et d'autres infrastructures et l'accès facile à la terre pour le logement, les affaires et l'agriculture.

Dans plusieurs endroits du monde, l'imposition de la valeur foncière est partiellement appliquée et les mises en valeur sont partiellement ou totalement exonérées. Les applications partielles indiquent des résultats proportionnels au degré d'application. Le Danemark, l'Australie (Canberra ,Queens Land, New South Wales, Western Australia, Tasmanie) Alberta (Canada), Pennsylvanie, Delaware, Alaska et Fairhope , Alabama (USA) se trouvent parmi ces endroits où l'imposition de la valeur foncière est appliquée à divers degrés.

Récemment, des termes comme " les diamants du conflit" et " du sang dans les pipelines de pétrole ) sont de plus en plus usités pour décrire les situations de conflits. Et, qu'ils soient d'ordre religieux ou ethnique, tous ces conflits dans le monde sont provoqués par le problème de distribution des richesses qui nous cause tant de soucis.

Des problèmes existent dans l'exploitation et le contrôle des ressources naturelles comme la pêche, l'extraction du pétrole , l'exploitation minière, l'utilisation des pâturages et des terres agricoles et dans l'attribution de terres dans des endroits choisis à l'intérieur des villes.

Actuellement au Nigeria, il existe une loi sur l'utilisation des terres autorisant le recouvrement des rentes foncières et exonérant le paiement des taxes relatives à la mise en valeur des terres. En pratique au lieu que les revenus de la terre - y compris les revenus pétroliers - reviennent aux populations , ils atterrissent, pour la plupart, dans les poches des responsables gouvernementaux et leurs valets pour finalement se retrouver dans les comptes bancaires à l'étranger. Cela a été le cas de la gestion des ressources naturelles au Nigeria et particulièrement ses revenus pétroliers .

Et, à raison, les Etats pétroliers de la région du Delta de Nigeria, ayant l'impression d'être privés des ressources qui les entourent, s'activent maintenant pour un contrôle total de ces ressources à partir desquelles ils ont l'intention de payer des taxes seulement au Gouvernement Fédéral ;

Exprimant son mécontentement par rapport à cette agitation, le Gouvernement Fédéral a récemment mis en place pour les zones productrices de pétrole, une commission de sécurité de 24 personnes dotée en moyens logistiques par le Gouvernement Américain a afin de s'assurer que le pétrole continue de couler à flots. La commission est formée des membres de forces armées.

Au cours d'une visite dans l'état du Delta, le Président Nigérian - OLUSEGUN OBANSANJO - a clairement fait savoir aux indigènes de l'état "je ne suis point un contrôleur de ressources. Je suis un gestionnaire de ressources. Je ne peux pas discuter avec vous du contrôle des ressources, mais je me battrai contre vous pour la gestion des ressources et si vous tentez de détruire ce que je gère, je me querellerai avec vous".

Les jeunes de la région du Delta du Niger, dans leurs efforts de mettre en application le protocole d'accord signé entre les compagnies pétrolières et les communautés locales, ont été fauchés par les balles des agents de la sécurité assurant la garde des installations pétrolières. La destruction d'ODI dans l'état de BAYELSA représente aujourd'hui le symbole des peuples opprimés de la région du Delta du Niger.

Je me rappelle JESSE TOWN, dans l'Etat du Delta au Niger où, il y a quelques années, plus de 4000 personnes ont péri dans un brasier alors qu'elles récupéraient du carburant à partir des pipelines cassés en vue de le vendre pour gagner leur vie. Dans cette quête désespérée de gagner leur vie, elles ont tout à fait oublié le danger qu'elles couraient.

La réaction des dirigeants militaires d'alors fut des plus irritantes. Au lieu de dépêcher du matériel de secours pour les victimes, le chef de l'état les a publiquement qualifié de voleurs et a fait savoir qu'aucun dédommagement ne sera versé à leurs familles. Beaucoup d'entre eux moururent plus tard pour avoir refusé de se rendre à l'hôpital, craignant que les autorités les fassent arrêter et emprisonner pour " vol de carburant".

Parlant des dirigeants, il n'est pas rare d'entendre des responsables politiques annoncer avec joie " cette fois-ci, c'est notre tour de le faire. Nous n'aurons peut-être plus jamais une autre chance". Cela signifie que c'est l'occasion pour eux d'amasser la richesse d'une manière corrompue et ils le font avec une telle intensité qu'ils sont prêts à assassiner toute personne qui se mettra au travers de leur chemin.

Le Nigeria est actuellement confronté à un cycle de violence politique. En conséquence, dans ce contexte, la démocratie est devenue un jeu d'intérêts privés.

Qu'est ce qui explique une telle disposition ? Henry George a identifié la peur de la pauvreté comme étant la raison de cette situation. Selon George, dans une société dans laquelle personne n'a besoin d'avoir peur de la pauvreté ou n'a de soucis concernant la provenance du prochain repas, personne n'aurait envie d'amasser la richesse - du moins personne ne se donnerait la peine ou même tuerait pour l'avoir.

L'ignorance et le vice, l'imprudence et l'immoralité engendrés par l'injustice et la corruption de nos dirigeants, la dilapidation des revenus de l'état et le plus grand gaspillage résultant de l'ignorance et de l'abus des pouvoirs de fonction publiques sont quelques-unes de ces conséquences légitimes.

Avec l'absence de justice sociale et économique, les dirigeants africains ont redéfini la gouvernance démocratique comme " la démocratie des élus , par les élus et pour les élus." Peut-il en être autrement étant donné qu'ils sont les seuls à profiter des dividendes de la démocratie.

Une autre réalité fâcheuse est que les riches (ou la classe dirigeante) ont psychologiquement érigé une barrière entre les pauvres et eux, en mettant tout en œuvre pour empêcher ces derniers de s'épanouir.

DAVID RODMAN a écrit dans "LA RICHESSE NATURELLE DES NATIONS" "Les économistes depuis Adam Smith ont compris les vertus particulières des recettes fiscales provenant des ressources naturelles. Bien que , historiquement, la plupart des économistes aient évité des questions qui dérangent les personnes puissantes à savoir si les spéculateurs et les accapareurs fonciers méritent les fortunes qu'ils ont gagnées".

Que faut-il faire ?

Le fondateur de l'Institut des Droits de la Terre, Alanna Hartzok a écrit dans un article récent " les Fonds Permanents de l'Alaska est un exemple du nouveau concept du rôle du Gouvernement qui est celui d'un agent chargé de distribuer équitablement des recettes de ressources naturelles au peuple garantissant ainsi, des droits démocratiques du patrimoine commun à la terre et aux ressources naturelles. En 2000, chaque citoyen de l'Alaska a reçu une dividende d'environ 2000$"

Il a été adopté par consensus que 50% des rentes, redevances minières, recettes des ventes, paiements et bonus accordés dans le cadre du programme fédéral de partage des revenus miniers aux Etats soient logés dans un fonds permanent, le principal n'étant utilisé que pour les investissements générateurs de revenus qui seront reconnus par la loi comme étant qualifiés pour bénéficier des aides du fonds permanent.

Quand l'Alaska devint le 49e Etat d'Amérique en 1930, l'exploitation du vaste puits pétrolier de Prudhoe Bay situé sur une terre de l'Etat a permis au Gouvernement de disposer de plus de 12 millions de $ en taxes et redevances pétroliers au cours de la décennie 1972-1982 avec une prévision de 140 milliards de $ en plus pour l'année 2000.

La hausse des revenus a entraîné la hausse du budget. En 1982, en ce qui concerne les dépenses par tête d'habitant, l'Alaska était le numéro un des Etats (88,500 $ par personne) en outre il dépensait pour les Alaskans , presque trois fois autant que le Gouvernement Américain pour les Américains.

C'est devant cette montée en flèche de l'argent du pétrole que l'état d'Alaska a décidé de créer le Fonds Permanent par un amendement constitutionnel en 1976. La gestion du fonds a été efficace et transparente et des citoyens qui ont résident en Alaska pendant au moins un an sont sûrs d'avoir des dividendes.

Les objectifs fixés au Fonds Permanent ont été multiples ; certains étaient d'ordre général tandis que d'autres étaient plutôt d'ordre particulier. Les possibilités ont été décrites catégoriquement comme d'ordre social, économique et fiscal. Les exemples d'objectifs d'ordre social étaient d'utiliser le Fonds pour promouvoir des programmes avec un accent particulier sur le changement des conditions sociales telles que la réparation des richesses par un impôt zéro sur les revenus, pour subventionner les familles à revenus faibles, pour corriger les déséquilibres économiques, régionales ou soutenir les programmes d'éducation.

Les objectifs d'ordre fiscal basés sur l'idée du fonds comme un "compte d'épargne " qui serait géré de manière très conservatrice, des investissements majeurs dans ses valeurs à faibles risques, serait utilisé pour réduire la dette de l'état.

Le fonds Permanent de l'Alaska est donc une institution bien gérée, transparente et démocratique. Il est un modèle innovateur remarquable d'une façon juste et efficace de procurer des bénéfices de la sécheresse du patrimoine commun au peuple tout entier. Les cliterols relatifs un Fonds Permanent de l'Alaska peuvent être obtenus à partir de son site web (www.apfc.org).

Au Nigeria, les ressources pétrolières n'appartiennent pas aux Etats individuels mais au Gouvernement Fédéral qui a initié une formule de partage des revenus basée sur le principe de dérivation des revenus. Selon ce principe 13% du revenu total de l'extraction pétrolière ou shore dans chaque Etat lui reviennent.

Les 13% atteindraient de plus grands résultats et permettront au moins une équité régionale si l'on s'inspirait du modèle du Fonds Permanent de l'Alaska. Pas seulement cela, nous pouvons même aller un peu plus loin en mettant en place une construction qui fournirait des prêts sans intérêts en plus des dividendes payées directement aux citoyens.

L'ONU apparemment préoccupée par les conflits incessants dans plusieurs nations a récemment manifesté son désir d'étendre ses missions de "maintien de la paix" afin de résoudre de tels conflits .

Le Professeur Heather Remoff de l'Institut Henry George, New York, réalisant également que ces conflits ont pour origine la compétition du contrôle des ressources naturelles, a suggéré que l'ONU s'investisse davantage dans la recherche de solution à ces conflits.

Le Professeur Remoff a écrit dans un document de conférence ténue récemment : "les missions de maintien des ressources garantiraient que les redevances des ressources naturelles provenant du pétrole, de l'eau potable, de l'air pur, des forêts vierges, des minerais, des voies aériennes etc. appartiennent de droit au secteur public et non au privé. De tels paiements ne doivent pas être trop élevés pour ne pas conduire à un découragement dans l'utilisation productive des ressources naturelles mais assez élevés pour dédommager de manière juste ceux dent l'accès à la générosité naturelle de la terre est limitée par des sociétés de monopole.

"Les missions de maintien des ressources" pourraient désamorcer les conflits ethniques avant qu'ils n'atteignent le point d'explosion. Comment ces missions de maintien de ressources seront-elles organisées ? Le Fonds Permanent de l'Alaska peut être un bon modèle.

N.B: les contenus sont tirés des œuvres suivantes
Henry George: "Progrès et Pauvreté"
Alanna Hartzok: L'histoire d'une réussite de Pennsylvanie avec la Réforme de l'impact foncier local. Le Fonds Permanent de l'Alaska : un modèle de location des ressources pour l'Investissement


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