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SEMINAIRE SUR LA DEMOCRATIE, LES DROITS DE LA TERRE ET L'ECOTAXATION

SOMMAIRE PAR Alanna Hartzok

Un séminaire d'éducation intitulé Démocratie, Droits de la terre et l'Ecotaxation s'est tenu le 07 mars 2002 tout juste avant le Congrès de la Fédération des Partis Ecologistes Africains à Dakar, Sénégal. Le séminaire fut une occasion pour les Verts de se pencher sur la manière dont l'éthique des droits de la terre et la politique fiscale peuvent œuvrer ensemble en vue de soutenir leurs initiatives, politiques et programmes.

Les conférenciers du séminaire des Droits de la Terre ont été les suivants : Anne GOEKE (USA), Sunny AKUOPHA (Mali) Gordon ABIAMA (Nigeria) Alanna HARTZOK(USA) et Papa Meissa DIENG (Sénégal).

Les représentants des Partis Ecologistes Africains des pays suivants ont pris part à ce séminaire : Afrique du Sud, Burkina Faso, Bénin, Centrafrique, Congo Brazzaville, Côte d'Ivoire, Cameroun, Guinée Bissau, Kenya, Mali, Maroc, Niger, République Démocratique du Congo, Sénégal, Sierra Leone, Tchad et Zambie. Des dirigeants des Verts de l'Europe et du Mexique y ont également assisté.

Le thème du séminaire a été introduit par Alanna HARTZOK. Elle a expliqué que les termes "droit foncier", "Ecotaxation" renferment plusieurs sens.

Par 'Droits à la Terre' nous entendons que la démocratie doit prendre en compte le droit humain à la terre et à ses ressources ainsi que le droit à la préservation de la santé et l'intégrité écologiques de la terre " dit-elle. " Et nous estimons qu'il existe un lien entre le droit à la terre et la démocratie ainsi que la politique fiscale et des finances publiques. "

" Nous utilisons également le terme " Ecotaxation " de deux manières. L'une est la "taxation pour la justice économique" particulièrement en matière de distribution des terres et des ressources. L'autre signification de l'Ecotaxation, la taxation verte concerne le paiement de frais et des taxes par les pollueurs pour l'utilisation des ressources de la terre, de l'air et de l'eau. "

Hartzok a affirmé que beaucoup des objectifs des Partis des Verts ont pu être largement atteints dans le cadre du développement durable à travers un meilleur financement de la gouvernance. Une meilleure source de financement pour le gouvernement est très importante en vue d'un développement durable dit-elle. Le mouvement émergeant de Taxe Verte détermine les grandes lignes de financement du développement fondé sur le triple résultat (1) justice sociale et économique (2) protection et restauration de l'environnement et (3) économie solide et durable.

Anne de la Bouillerie GOEKE a été la personne suivante à prendre la parole. Elle est une responsable du mouvement des Verts aux niveaux local , régional, national et international depuis 1989. Elue deux fois à la coprésidence du Comité Directeur de l'Association des Partis des Verts des Etats-Unis, elle est actuellement coprésidente du Comité International du Parti des Verts nouvellement formé des Etats Unis. GOEKE est également la porte-parole 'Anglophone' de la Fédération des Partis Ecologistes des Amériques. En tant que déléguée de la Coordination Mondiale des Verts, elle a contribué à l'organisation de la Conférence Mondiale des Verts 2001 à Canberra en Australie. Elle a été co-fondatrice des Verts de Lancaster et du Parti des Verts de la Pennsylvanie où elle a été candidate au niveau de son Etat au poste de vérificateur Général des Comptes en 2000 et co-auteur du livre "FIRE UP YOUR BRILLIANCE"

GOEKE a traité de la politique des Verts et de l'économie du développement durable. Elle a affirmé que le thème du droit à la terre et la politique d'imposition de taxe Vert était très important pour le Mouvement Mondial des verts et a exhorté les délégués présents au congrès à "suivre attentivement ce qui sera présenté ici aujourd'hui"

"La mondialisation nous a amené à faire face à toute une nouvelle série de problèmes - des problèmes qui ne cesseront de s'entasser au fur et à mesure que nous continuerons sur cette voie" dit-elle . "Cette forme de mondialisation a augmenté nos capacités de destruction de la majeure partie de notre planète que ce soit à travers l'environnement où à travers la propagation des conflits pouvant nous entraîner dans une éventuelle guerre mondiale"

Tout en soulignant que beaucoup de projets de développement au niveau mondial ont principalement contribué à aggraver les problèmes économiques déjà existant, GOEKE a maintenu qu'il était nécessaire d'adopter un nouvel effort de concertation politique en vue de définir un cadre de développement alternatif qui "suscite un nouvel espoir de voir l'Afrique participer pleinement à son développement au cours du 21 siècle"

"Le moment est venu pour nous de développer notre expertise en matière de promotion d'un système économique alternatif qui appuierait nos initiatives, politiques et programmes en tant que Verts" a affirmé GOEKE. "IL est temps pour nous d'établir un partenariat avec les organisations œuvrant pour la transformation de l'économie en vue d'instaurer une société à vocation écologique. Développons en tant que Verts nos propres compétences et élargissons notre connaissance afin que nous soyons préparés à créer une culture de paix, à rendre nos communautés saines et à veiller à ce que chaque individu de cette planète puisse bénéficier d'une part équitable de ses ressources , et jouir d'une vie décente : avoir un toit , à manger et un travail ."

HARTZOK débuta ensuite la partie officielle de sa présentation en expliquant que le Séminaire des Droits de la Terre présentera "un cadre dans lequel nous pouvons évoluer d'un modèle économique néolibéral vers un modèle que nous pourrions appeler Economie Geoconventionnelle, ou Economie centrée sur la terre" .

Elle a continué par une brève présentation de l'œuvre de Henry George et expliqué que l'œuvre de ce dernier était une continuation de la science de l'économie conventionnelle qui met l'accent sur la recherche de solutions au problème de fossé entre riche et pauvre. Elle a évoqué la façon suivant laquelle la science de l'économie politique a été corrompue et l'économie néolibérale était arrivée à remplacer l'économie conventionnelle .

HARTZOK l'a expliqué ainsi:

Dans l'économie conventionnelle, il existe trois facteurs de production - terre, travail et capital . Le système néolibéral place la terre y compris toutes ses ressources dans la catégorie du capital. Elle a réduit les facteurs primaires de la terre, du travail et du capital en seulement deux facteurs - travail et capital. Nous avons été sous le système d'économie néolibérale pendant tout le siècle dernier, ce qui a causé beaucoup de problèmes en faisant de la terre une marchandise à vendre pour en tirer profit.

Elle a indiqué les principes de base suivants : (1) nous sommes tous des êtres humains ; (2) nous avons un droit égal à l'existence ; (3) pour exister, pour survivre, nous avons besoin de la terre et de ses ressources. C'est ce que nous enseigne le bon sens . Avec les droits égaux à l'existence et aux ressources naturelles, nous pouvons étendre ce raisonnement pour déclarer maintenant que nous disposons tous des droits égaux à la terre.

"Le problème est que la démocratie ne nous a pas donné les droits à la terre" poursuit-elle "Nous n'avons pas de droit de naissance à la planète. Ainsi, une minorité possède et contrôle une vaste portion de la terre et de ses ressources " dit-elle soulignant que le fossé entre riche et pauvre s'élargit et que maintenant, moins de 300 multimilliardaires possèdent plus de richesse que la population du globe.

HARTZOK a dit que ce problème était une cause majeure des guerres et conflits à travers le monde et qualifia le manque de droit démocratique à la terre "la craquelure dans la cloche de la liberté." Elle a donné des exemples pour démontrer que "sans droits à la terre, chacun de nous peut se retrouver sans maison du jour au lendemain".

Ensuite, elle a expliqué la manière par laquelle un système de finance public correctement structuré peut garantir les droits démocratiques à la terre et promouvoir également la restauration et la protection de l'environnement.

"Nous pouvons utiliser le mécanisme de finance publique, la politique fiscale pour mener à bien ce changement en se fondant sur le principe de paiement pour ce que vous prenez et non pour ce que vous faites" . Si vous prenez plus qu'une part équitable de la terre et de ses ressources vous payez à nous autres une taxe plus élevée pour son utilisation. Ce qui peut conduire à une reforme foncière en vous faisant payer le pollueur de l'air , de l'eau ou de la terre. Donc en adoptant le système du 'pollueur payeur' la pollution finira par être réduite".

HARTZOK a ensuite distribué un document indiquant que dans le monde 93% des taxes concernent le travail, 3% la détérioration de l'environnement et seulement 4% l'utilisation de la terre et ses ressources.

"Nous cherchons à renverser cette tendance" a-t-elle dit en concluant son discours. Afin que nous puissions bénéficier pleinement du fruit de notre labeur, il serait utile d'imposer moins le travail et plus l'utilisation de la terre et de ses ressources, d'empêcher la spéculation foncière, le monopole des terres et l'exploitation abusive de la terre et la détérioration environnementale" .

SUNNY AKUOPHA du Mali a été le suivant à s'exprimer sur ce thème: Pour une Nouvelle Structure Politique, Sociale et Economique en Afrique. Akuopha est membre de l'Institut Henry George et coordinateur des efforts visant à promouvoir l'éducation de l'Institution dans les pays africains francophones. Il est également le Coordinateur de l'Agence Africaine pour le Développement Communal, membre de la Société de Développement International au sein de laquelle il œuvre pour le développement durable avec le Réseau de Sécurité Alimentaire. Il est un ancien syndicaliste et a été président de la Communauté Nigériane au Mali pendant deux mandats (1992-2001 ), un ancien éditeur d'un hebdomadaire malien "Le Mali Aujourd'hui" , et a écrit plusieurs poèmes qui lui ont fait gagner le Prix de Littérature Française au Mali en 1994.

AKUOPHA a débuté son exposé par un aperçu complet et poétique sur l'histoire africaine. Il a indiqué que, jadis, "les gens vivaient sur la terre et remettaient avec joie une partie du produit qu'ils en tiraient à tous ceux qui les dirigeaient en convivialité. Mais à l'époque coloniale "des rythmes auxquels l'on ne pouvait danser ont été joués pour nos populations" .

Les pères d'indépendance de l'ère post-coloniale "ont introduit des rythmes qui étaient toute une cacophonie , ne laissant derrière aucun ordre idéologique qui aurait pu soutenir un développement politique , social et économique, ils ont occupé les villas des patrons coloniaux et ont appliqué des constitutions qui avaient été préparés par les maîtres coloniaux déjà prêts pour partir." Ensuite "sont venus les hommes en kaki qui ont détruit chaque aspect de notre vie publique en utilisant les armes achetées par l'argent des populations pour piller ces mêmes populations et ont pris en otage la conscience publique pendant plus de deux décennies."

Actuellement, un débat a lieu pour redéfinir la démocratie a dit AKUOPHA et plusieurs interrogations existent sur la culture démocratique. Il a ensuite évoqué le problème foncier, en déclarant que la première tâche du Gouvernement est "de savoir gérer l'usage de cette terre au profit de tous- Des républiques véritables émergeront en Afrique une fois que l'on retournera à la terre" .

Puis, AKUOPHA demandera à savoir quelles raisons peut-on avancer pour justifier le paiement des taxes par les Africains, en affirmant que le paiement des taxes est "obligatoire pour les citoyens et pourtant les autorités ne sont pas dans l'obligation de faire des réalisations correspondant à la valeur des taxes qu'elles ont prélevées." Il a ensuite expliqué la manière par laquelle un Gouvernement de la Terre peut apporter la démocratie véritable à l'Afrique, à travers la décentralisation et la gouvernance participative avec la transparence dans le recouvrement des recettes publiques qui "réduira la corruption au niveau zéro".

Le Gouvernement de la Terre apportera le savoir et l'innovation pour des changements positifs qui peuvent susciter un réel contrat social en vue de l'instauration d'un ordre politique, social et économique stable qui mettra fin aux conflits ethniques (causés principalement par la lutte pour le contrôle des ressources naturelles) .

Un Gouvernement de la Terre abolirait "les Gouvernements Voleurs des Peuples" et tirerait ses revenus de la Taxe sur la Valeur foncière au lieu des taxes sur le travail et la production. "Le Gouvernement de la Terre suscitera un engagement et un dévouement conscients de la part de chaque individu" a dit AKUOPHA.

A titre d'exemple du Gouvernement de la Terre, il a comparé ALODIA, une nation imaginaire utilisée en tant que théorie d'enseignement par l'Institut Henry George à la situation actuelle au Mali. A Alodia , la taxe sur la valeur foncière a permis un accès plus facile aux ressources de la terre et un plus grand libre échange qui a profité plus à la minorité qu'à la majorité. Le paiement de la dette étrangère a été unilatéralement suspendu , l'imposition des travailleurs abolie, et une proportion des recettes publiques recouvrées au niveau local est reversée aux niveaux étatique et national. Le pays réel du Mali, à l'opposé, souffre de droits d'entrée élevés, des réglementations lourdes en matière d'investissement et de production, taxes sur le travail injustes, de la corruption des responsables et du service de la dette élevé.

Exhortant tous les participants à une lecture du livre intitulé "Progrès et Pauvreté" par Henry George, Akuopha a cité un principe essentiel des économies geoconventionnelles : "L'association dans l'égalité est la loi du progrès. "

Akuopha termina son discours par une vision de la manière par laquelle le Gouvernement de la Terre peut être instauré par une " révolution feutrée (sans effusion de sang) en amenant les dirigeants africains actuels et futurs à adopter cette initiative, à convoquer des conférences nationales et des référendums au sein des populations des républiques existantes afin de procéder à une évaluation sincère de la situation de ces Etats et y justifier leur bien-être ou existence "

Evoquant les vaines luttes incessantes pour l'unité nationale qui demeure éternellement "évasive" il projette que les populations opteraient pour "de nouvelles nations selon leur affinité ethnique, religieuse ou régionale" avec la possibilité d'émergence de confédération d'Etats" selon la volonté solennelle des peuples. Cette nouvelle disposition mettra fin aux crises ethniques, aux guerres civiles récurrentes et à l'échec des plans nationaux qui n'arrivent pas à être pleinement exécutés à cause de l'absence d'unité nationale "

Akuopha a demandé aux dirigeants des Partis Ecologistes réunis à se familiariser avec les économies géoconventionnelles et les principes définis dans les écrits de Henry George et à encourager l'enseignement de ces principes aux enfants et aux travailleurs. Fort de cette compréhension, il a dit que leur "quête de postes publics ne devrait pas être pour le pouvoir, mais pour la confiance publique, ainsi les écologistes africains et d'ailleurs doivent œuvrer sans cesse afin de gagner la confiance publique et que leur élection à des postes publics soit un signe de cette confiance."

Le conférencier suivant, Gordon Abiama, est un journaliste Nigérian qui travaille actuellement comme chargé d'information à l'Assemblée de l'Etat de Bayelsa, un Etat de la région du Delta du Niger riche en pétrole . Cet état a été le théâtre de violentes confrontations meurtrières concernant le paiement de redevances pour l'extraction du pétrole. Précédemment éditeur de la revue 'Profiles Magazine', Gordon Abiama a produit plusieurs émissions pour la radio et plusieurs ouvrages aux niveaux local et international "

En sa qualité de militant de la justice sociale et économique dans le monde, Gordon est un membre de l'Institut Henry George des Etats Unis et d'autres instituts et groupes de financement de développement. Gordon est également le Directeur de Communication d'une ONG locale : 'Ethical Alliance' dont l'objectif principal est la réalisation de la justice sociale et économique à travers des programmes d'orientation morale publique. L'une de ces émissions intitulée "Ethical Spotlight" un débat hebdomadaire organisé à la radio de l'Etat de Bayelsa est très populaire.

Le thème de Abiama était 'Les Défis de la Démocratie et de la Gestion de ressources Naturelles pour le Développement durable'. Il a traité du problème de la richesse en Afrique, des causes de la mauvaise gestion des ressources par les dirigeants africains et des obstacles à l'établissement de l'équité dans les mandats démocratiques. Il a proposé des stratégies alternatives en vue de la réduction du fossé entre riches et pauvres .A cet égard il s'est particulièrement appesanti sur le Fonds Permanent de l'Alaska comme un modèle de répartition judicieuse des redevances d'exploitation du pétrole et des ressources minérales- modèle qui pourrait être reproduit en Afrique.

"Nous vivons à une époque où le désir d'accumulation des richesses est le plus grand par une minorité de gens pendant que la grande majorité de la population mondiale se débat dans une pauvreté absolue," a dit Abiama.

" Dans la lutte pour survivre, la forme la plus cynique de dureté de cœur "chacun pour soi", est devenue le mot d'ordre, faisant ainsi fi de la tradition séculaire africaine qui veut que l'on soit "le soutien de son frère."

Abiama a dit que les économistes et les philosophes néolibéraux ne vont pas à la racine du problème ; ainsi les méthodes et stratégies de développement actuelles au lieu de contribuer à la réalisation du développement durable, ont plutôt exacerbé la distribution inégale des richesses. Il partage l'analyse de Henry George en rejetant la doctrine de Malthus qui considère la surpopulation comme la cause principale des problèmes économiques, tout en tirant la citation suivante du livre "Progrès et Pauvreté".

" La cause principale du triomphe de cette théorie (Malthusienne) est qu'au lieu de menacer un droit acquis ou de contrarier un intérêt puissant, elle est éminemment apaisante et rassurante pour les classes qui, possédant le pouvoir de la richesse, dominent largement la pensée. Elle est venue au secours des privilèges particuliers par lesquels quelques personnes monopolisent la majorité des bonnes choses de ce monde, en proclamant une cause naturelle pour la misère qui, si elle est attribuée à des institutions politiques, doit condamner chaque Gouvernement dans lequel elles existent "

Abiama a indiqué des failles dans le communisme et le capitalisme ainsi que les systèmes d'économie mixte du juste milieu qui font " très peu de distinction entre les revenus gagnés et non gagnés et ne définissent pas clairement les sphères appropriées de la société et de l'individu. "

L'économie géoclassique est "différente de toutes ces idéologies car elle fait une distinction entre les revenus non gagnés de la terre (loyer) et les revenus gagnés du travail et du capital (salaires et intérêts). Les loyers vont à la société, les salaires et les intérêts aux individus qui les gagnent. "L'égalité des droits à la terre est 'le socle de la philosophie des Georgistes'" a-t-il dit. Cette réforme fiscale fondamentale contribuera grandement à réduire les conflits " autour de l'exploitation et le contrôle des ressources naturelles allant de la pêche, l'extraction du pétrole, l'exploitation minière et même l'utilisation des terres de pâturage, agricoles et l'allocation des terres dans des endroits choisis dans les villes"

Ensuite Abiama a décrit la situation actuelle dans sa patrie le Nigeria où la loi d'utilisation des terres autorise le recouvrement de rente foncière et exempte l'aménagement des terres du paiement des taxes. Cependant, en pratique, les ressources finissent pour la plupart dans les poches des responsables corrompus et dans des comptes bancaires privés à l'étranger.

Il a expliqué que les résidents des états producteurs du pétrole de la région du Delta du Niger considérant légitimement qu'on les vole les ressources qui les entourent battent maintenant campagne pour un plein contrôle de ces ressources. Exprimant son mécontentement par rapport à cette campagne, le gouvernement fédéral a récemment mis en place une commission de sécurité des zones productives de pétrole. Cette commission composée de 24 personnes, s'est vue doté de moyens logistiques par le Gouvernement Américain afin de veiller à ce que le pétrole continue de couler à flot. La commission est composée de membres des forces armées.

Des jeunes de la région du Delta du Niger, dans leurs efforts d'appliquer le Protocole d'Accord signé entre les compagnies pétrolières et leurs communautés locales, ont été fauchés par les balles des agents de sécurité gardant les installations pétrolières. La destruction d'Odi dans l'Etat de Bayelsa représente le symbole du peuple opprimé de la région du Delta du Niger.

Abiama a ensuite raconté cette histoire "Il y a quelques années, dans la ville de Jesse, dans l'Etat de Delta du Nigeria environ 400 personnes ont péri dans un braisier en essayant de récupérer du carburant des tuyaux cassés pour aller vendre et gagner de quoi vivre. Préoccupées qu'elles étaient à gagner leur vie, elles avaient oublié, le danger d'explosion qui les entourait. La réaction des dirigeants militaires a été des plus irritantes. Au lieu de dépêcher des matériels pour venir au secours des victimes, le chef de l'Etat les a publiquement appelé des voleurs et a déclaré qu'aucun dédommagement ne sera donc payé à leurs familles. Beaucoup de personnes sont mortes plus tard par manque de soins médicaux en refusant de se rendre dans les hôpitaux par crainte de se faire arrêter et emprisonner par les autorités Gouvernementales pour "vol de Carburant". Le Nigeria est actuellement pris dans un engrenage de violence politique" a dit Abiama.

"Ainsi la démocratie dans un tel contexte est devenue un jeu d'intérêts personnels".

Après avoir fourni des détails concernant ce problème, il a ajouté qu'une solution alternative peut être trouvée par l'établissement d'un fond de ressources africaines similaires au fonds permanent d'Alaska, qui constitue une étude de cas dans un nouveau concept du rôle du gouvernement qui doit être celui d'un agent qui repartit équitablement ses ressources entre les personnes, garantissant ainsi les droits démocratiques d'héritage commun aux terres et ressources naturelles. En 2002, chaque citoyen de l'Alaska a reçu une dividende de 2000 dollars. Les détails relatifs au fonds permanent de l'Alaska se trouvent sur le cite Web (www.apfc.org).

Au Nigeria les ressources pétrolières n'appartiennent pas aux Etats individuels mais au gouvernement fédéral qui a initié une formule de partage des revenus basée sur le principe de dérivation des revenus. Selon cette formule 13% du revenu total de l'extraction pétrolière à l'intérieur des terres de chaque Etat reviennent à cet Etat.

"Ces 13% pourraient avoir beaucoup plus d'impact et permettre au moins une équité régionale si le modèle de fonds permanent de l'Alaska était reproduit ici" a dit Abiama. "Non seulement, nous pouvons aller un peu plus loin en mettant en place une institution qui accorderait des prêts avec ou sans intérêt, mais en plus des dividendes seront versés directement aux citoyens."

Les Nations Unies, apparemment préoccupées par les conflits incessants dans plusieurs nations ont récemment exprimé leur intention d'étendre ses " missions de maintien de la paix " en vue de résoudre ces conflits. Abiama a conclu son discours par une suggestion supplémentaire empruntée du Professeur Heather Remoff de l'Institut Henry George, qui a proposé que les Nations Unies mettent en place "des missions de maintien des Ressources qui garantiraient l'appartenance au secteur public au lieu du secteur privé les redevances de ressources naturelles - telles que le pétrole , l'eau potable ,l'air pur, les terres, les forêts vierges , les minerais , les voies aériennes et toute autre ressource du patrimoine commun -

"Les missions de maintien des ressources pourraient désamorcer les conflits ethniques avant qu'ils n'atteignent le point de combustion" a conclu Abiama. "Le Fonds Permanent de l'Alaska peut servir de modèle à une telle mission."

Le dernier intervenant au séminaire de la démocratie, des droits de la terre et d'Ecotaxation fut Dr Papa Meissa DIENG, Professeur de Droit Environnemental à l'Université Gaston BERGER, Saint-Louis, Sénégal. Dieng est également le dirigeant d'un Parti Ecologique Africain et un militant international. Le thème qu'il a développé était: Justice Environnementale, Développement durable et les Politiques de Finance Publique.

DIENG a affirmé que les idées présentées par les conférenciers du séminaire sont très importantes pour les mouvements écologiques du Tiers Monde. Il a dit que la politique économiques écologique fournirait aux Partis et organisations écologiques une alternative claire à l'économie néo-libérale.

"Je pense que nous disposons ici d'un instrument pour établir la justice en matière d'environnement" a dit DIENG. "C'est également une occasion pour nous d'apporter un changement au système local actuel et de proposer des solutions alternatives en tant que parti politique. En Afrique nous avons la possibilité de justifier cette information fiscale parce que les politiques fiscales dans nos pays ont été héritées des puissances coloniales."

"Ce serait une révolution paisible mais radicale à laquelle tous les partis des Verts pourraient participer" a continué DIENG. "en effet, changer la manière d'imposition de l'environnement jusqu'ici constitue une véritable politique révolutionnaire qui a amené ici mes collègues des autres pays… Ce serait une occasion de former un Gouvernement foncier. Un Gouvernement foncier permet de combattre la corruption. Nous pensons que nous avons ici l'occasion de mettre en œuvre ce que nous appelons justice environnementale.

Le reste de commentaire du Dr DIENG est le suivant:

Selon la philosophie de Henry George la mise en application de ces droits signifie la prise de décision relative à la rente de terre par la communauté et l'abolition de toutes les taxes sur le travail .C'est une révolution que de dire NON au système néo-libéral que nous combattons.

La liberté dans la philosophie de Henry George signifie justice ; et la justice est la loi naturelle , un droit naturel. La justice environnementale est une remise en cause de l'ordre actuel qui privilégie une minorité.

Nous pensons que l'idéologie de l'écologie politique est une idéologie de révolution paisible. Je répète que c'est une révolution basée sur l'intelligence où les idées remplacent les armes.

Je pense que nos amis nous ont apporté les instruments qui nous permettront de réaliser cette justice environnementale. Ce serait une occasion pour nous de mettre fin à nos querelles et de nous unir pour trouver une solution aux problèmes du continent. Si nous n'accomplissons notre devoir, nous donnerons l'occasion à nos dirigeants de continuer à exploiter les pauvres.(fin du discours de DIENG.)

Le Séminaire de la Démocratie, des Droits de la Terre et l'Ecotaxation s'est poursuivi jusqu'au soir avec d'autres commentaires et discussions par les participants à la conférence ainsi que par des questions-réponses. Le lendemain HARTZOK a fait un sommaire du Séminaire et ABIAMA a évoqué la tenue d'une conférence au Nigeria en Février 2003 qui sera axée sur la proposition de mise en place d'un Fonds du Delta du Niger pour la répartition des droits du pétrole et un plan de développement durable pour la région. AKUOPHA a ensuite informé du lancement prochain d'un Centre Africain de Politique Foncière et Fiscale. Par la suite, plusieurs étudiants de l'université ont exprimé leur intention de former un groupe d'étude et établir un centre de formation en économie géo-conventionnelle au Sénégal.

Sunny Aknopha aadc52@hotmail.com : Mali
Gordan Abiama gordon@earthrights.net : Nigeria
Papa Meissa Dieng dieng2@caramail.com : Sénégal
Anne Goeke annie@earthrights.net : USA
Alanna Hartzok alanna@earthrights.net : USA


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